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« Un grand bol d'eau tiède » Imprimer Envoyer
Samedi, 28 Janvier 2012 08:07

Reuters.François Hollande présente son programme : « Un grand bol d'eau tiède »

« Un grand bol d’eau tiède » : l’expression est de Jean Luc Mélenchon qui l’avait employée, il y a quelques semaines, pour parler du candidat socialiste à l’élection présidentielle…

Elle n’est malheureusement que trop exacte pour qualifier le programme de celui qui se présentait il y a quelques jours comme le « candidat de l’espérance lucide », celui qui voulait «  ré-enchanter l’avenir », celui qui faisait « battre plus fort le cœur des martiniquais », comme le déclarait le chanteur du groupe Kassav…


Car bien loin des beaux discours, le programme présidentiel socialiste – enfin révélé – n’a rien pour enchanter.
Derrière les belles phrases et les envolées lyriques, on ne découvre que des propositions vagues, des intentions généreuses mais abstraites ou la reprise de vieilles lubies « égalitaristes », souvent largement démagogiques mais, pour certaines d’entre-elles, dangereuses.

Pour tenter de séduire son électorat le plus à gauche, le « programme Hollande » contient par exemple plusieurs propositions fiscales censées « faire payer les riches ». Elles procureraient près de près de 30 milliards d’euros supplémentaires à l’Etat. Sans rentrer dans le détail on peut en examiner trois :

  • le taux de l’impôt sur les sociétés serait modulé en fonction de la taille des entreprises (les plus grosses auraient un taux plus fort que les petites). Cette mesure est absurde pour plusieurs raisons : tout d’abord, il peut entraîner des effets de seuil (lorsque l’on passe à une tranche supérieure) et donc inciter à tricher pour l’éviter, ensuite il n’y a pas toujours de lien entre la taille d’une entreprise et l’importance de ses bénéfices, enfin parce qu’augmenter le taux d’impôt ne fait pas forcément augmenter les rentrées : il faut d’abord que la société dégage des bénéfices !


À titre de comparaison l’UMP propose de moduler le taux de l’Impôt sur les sociétés en fonction de l’utilisation des bénéfices : si la société décide de les réinvestir (en France), elle serait moins taxée que si elle les distribue à ses actionnaires.


  • autre exemple : les revenus financiers seront taxés au même taux que les autres revenus. Intention louable ? Rappelons-nous le tollé lorsqu’une mesure de taxation (à un taux très faible) avait été prise à Saint Pierre et Miquelon par le Conseil Territorial….Nos élues de gauche (qui l’avaient alors dénoncée) la voteraient-ils demain au plan national ? Et puis une telle mesure, prise sans concertation avec les autres pays, entraînerait immédiatement une fuite des capitaux vers les paradis fiscaux.
  • la suppression de l’exonération des heures supplémentaires. Selon le candidat du PS elles ne « profitent qu’aux patrons » et elles les dissuadent d’embaucher. Là encore Annick Girardin et Karine Claireaux devront expliquer à la population pourquoi elles voteraient cette réforme en métropole, à moins qu’elles ne  demandent aussi au Conseil Territorial de la voter aussi à SPM et de décider d’imposer toutes les heures supplémentaires ?

Pour le reste, des propositions comme le relèvement à 45 % de la dernière tranche de l’impôt sur le revenu, le plafonnement des niches fiscales ou leur suppression (celles pour l’investissement Outre Mer sont-elles concernées ?) ou encore l’augmentation du taux de l’Impôt Sur la Fortune ne procureront que des recettes minimes. Ce ne sont que des « effets d’annonce »…


Si vraiment Hollande veut financer son programme il devra recourir à des hausses massives qui toucheront non seulement les riches mais l’ensemble des classes moyennes.


Voilà donc les grandes réformes proposées pour combattre ce « monstre sans visage » qu’est la « Finance » et que François Hollande a désigné comme son ennemi principal !

Pour moraliser le capitalisme et lutter contre la spéculation, le gouvernement préfère par exemple travailler à l’instauration d’une taxe sur les transactions financières, en concertation avec les autres pays européens. Car une politique fiscale pour être efficace doit être harmonisée avec nos partenaires.

Quant aux mesures de justice, il a été aussi capable d’en prendre comme la surtaxe de 3% sur les hauts revenus (décidée lors du dernier plan de rigueur). Rappelons aussi que la taxation des stocks options (qui bénéficiaient d’une fiscalité très « favorable » due à un certain … DSK !) a été largement augmentée dès 2009.

François Hollande se présente comme l’homme du redressement économique mais on voit mal comment ses propositions pourront permettre concrètement de lutter contre le chômage ou le déficit du commerce extérieur. Sur ce dernier point par exemple, il faut savoir que c’est le déficit de la balance commerciale, qui est la raison principale ayant conduit l’agence de notation Standard and Poors à enlever son triple A à la France (et à dégrader 9 autres pays européens). Cette baisse de note n’est donc nullement, soit-dit au passage, la « sanction d’une politique » comme le prétend François Hollande.

Or quelle est l’une des principales raisons de notre déficit commercial ? Le coût du travail en France qui est plus élevé chez nous que dans de nombreux pays et notamment en Allemagne. Et que propose Hollande ? D’augmenter encore le coût des cotisations sociales (+1% par an) et de supprimer les exonérations de charges sociales dont bénéficient les entreprises (ces exonérations sont elles aussi qualifiées de « cadeaux au patronat »). Il sera là encore intéressant de savoir si nos parlementaires de gauche locaux voteraient ce type de mesure pour la métropole tout en voulant préserver ces exonérations chez nous ?


Sur les mesures en faveur de l’Outre Mer, il est possible d’en prendre connaissance en lisant le dossier de l’Echo des Caps de cette semaine. On verra leur peu de consistance en dehors de phrases toutes faites telles que « la jeunesse est ma priorité ». Espérons, au passage que l’hebdomadaire municipal accordera autant de place aux propositions des autres candidats.

Enfin, il apparait inutile de commenter des annonces telles que « j’imposerai à l’Allemagne un nouveau traité » ou « je refuse la non convertibilité de la monnaie chinoise »…

Si le programme de François Hollande contient de nombreuses propositions démagogiques et pour certaines dangereuses, nous avons aussi découvert que l’homme était capable de tous les renoncements ; lors de l’émission « des paroles et des actes » diffusée le 26 janvier sur France 2 François Hollande a déclaré, lors de son débat avec Alain Juppé que :

  • la réforme des retraites votée l’an dernier ne sera pas remise en cause. L’âge de départ en retraite restera donc fixé à 62 ans (sauf à ce que les gens acceptent de partir avec une retraite moindre). Il y a quelques mois, Martine Aubry déclarait que la gauche « rétablirait la retraite à 60 ans » et Ségolène Royal racontait les larmes dans la voix que, lors de son dernier conseil des ministres, François Mitterrand avait adjuré ses collaborateurs de défendre cette grande conquête sociale … Lors du débat parlementaires, les socialistes avaient donc refusé la réforme « en bloc » et appelé la population (et même les lycéens) à descendre dans la rue pour dénoncer cette réforme scandaleuse ! L’occasion était trop belle d’entretenir l’agitation… Aujourd’hui se rendent-ils compte qu’elle était nécessaire (alors qu’ils n’auraient jamais eu le courage de la faire voter) ?
    La seule mesure proposée par Hollande serait de « permettre à ceux qui on commencé à travailler à 18 ans de partir à 60 ans »  et celle-ci serait financée par une hausse des cotisations sociales !
  • le service minimum en cas de grève dans les transports en commun ne sera pas non plus remis en cause. Là encore combien de fois n’avons-nous pas entendu les leaders du PS parler dune « atteinte intolérable au droit de grève » ?
  • le crédit d’impôt recherche qu’un récent tract du PS qualifiait de cadeau fiscal est désormais une bonne chose.
  • Enfin François Hollande confirme qu’il envisage de recruter 60 000 enseignants mais nous apprenons que, pour financer cette mesure… Il poursuivrait la politique actuelle de non remplacement d’une partie des départs en retraites pour les autres fonctionnaires ! Cette politique que le PS dénonce régulièrement comme inacceptable.

Ces « renoncements » de François Hollande appellent plusieurs questions : est-ce un manque de caractère de celui qui prétend être élu président ? Cela signifie-t-il que depuis 5 ans le PS n’a fait qu’entretenir une agitation dans le seul but de déstabiliser le gouvernement alors qu’il était en fait d’accord sur de nombreux points avec sa politique ? Hollande a-t-il un discours à deux vitesses (révolté pour son électorat de gauche, modéré pour celui du centre) ? Et ce programme attrape-tout n’est pas négociable pour les autres formations de gauche. Certes, François Hollande a annoncé qu’il serait prêt à gouverner avec ceux qui se désisteront pour lui au second tour, mais sur son programme.

Les électeurs des autres candidats de gauche apprécieront la portée du changement promis.

Pour l’ensemble des français le bol d’eau tiède, s’il est avalé, pourrait très bien se transformer en une bonne purge.